Nouvelle

Le réveil est brutal pour cet homme aux traits tirés, au visage fatigué. Quelques bribes d’une conversation lui reviennent en mémoire :
_ N’y vas pas, cet endroit est réputé, peu en sont revenus
_Je veux pourtant, papa, prouver à tous, y compris à toi, que je ne suis plus cet adolescent attardé, comme vous le pensez !
Et il était parti. Bien sur, Simon avait appelé pour signaler son arrivée, mais depuis, plus rien.
Depuis plus d’une semaine déjà, il n’avait donné signe de vie. Mais dans quelle histoire s’était-il fourré ?
_Je n’aurais jamais du le laisser partir, il est adulte mais à 20 ans, tout reste à apprendre, et ce n’est pas dans ce camp que la vie…
André s’adressait à sa femme, scrutant, à travers la fenêtre, le ciel obscurcit, à la recherche d’une réponse. Depuis dix ans que cet accident s’était produit, il n’avait cessé de demander conseil à son épouse par la voie céleste, déterminé à nier la séparation d’esprit, celle du corps étant indéniable.
Il se fit un café, se prépara et se mit au travail.
Son dossier ne contenait rien de précis, il allait être difficile de construire un article avec ce peu de bases de données. Il partit donc au journal à la recherche de compléments et passa la reste de la journée à la bibliothèque, glanant des informations sur l’historique de l’homme pour terminer la série de documentaires dont il était en charge depuis deux mois.
Ce nouveau concept permettait aux lecteurs de connaître et apprécier, par le biais d’articles suivis, des sujets d’actualité, d’histoire, de société. Cela dit, le travail fourni par les archivistes, journalistes, et autres détenteurs du pouvoir de la presse écrite, s’en trouvait fortement intensifié.
A la nuit tombée, il décida de retourner chez lui, désirant juste grignoter un morceau avant de profiter de sa soirée pour bouquiner le premier roman de sa jeune nièce, Nathalie.
Cette jeune femme d’une trentaine d’années avait, à force d’obstination, de volonté, de ténacité, réussi à publier un premier roman, entrant, dans le même temps dans le monde fermé, mais combien fascinant, des écrivains. Elle avait su, à force d’acharnement, se faire connaître du grand publics utilisant les moyens de promotion mis à sa disposition par la grande maison d’édition qu’elle avait intégrée.
Alors que le silence régnait, une seule lumière brillant dans l’obscurité coutumière de cette vieille bâtisse, le téléphone retentit, se créant un écho tant le silence possédait la demeure.
_Fils, murmura André, où es-tu ? Comment vas-tu ? Dis-moi tout
__Papa, je rentre demain, je dois te voir, c’est important !
André choisit donc de travailler toute la nuit, réservant sa journée du lendemain à Simon. A peine avant l’aube, il put se reposer quelques heures
Dès neuf heures la grille du jardin grinça, suivit du pas sec des Rangers de Simon sur le sol asséché du chemin conduisant à la maison. Il s’arrêta huma l’air empli d’images de son enfance et pénétra dans la maison.
Son père l’attendait, assis dans sa cuisine, une tasse de café fumante à la main
_ Comment vas-tu mon garçon ? entreprit André d’une voix qui respirait la tendresse
Simon acquiesça brièvement et se lança dans l’explication qui l’amenait ici, sans doute pour la dernière fois
_ Ce que j’ai à te dire peut t’être pénible à entendre mais écoute-moi, prévint-il au départ. Je suis allé dans ce camp de militaires volontaires et j’y ai beaucoup appris.
Tu avais raison, ce n’est pas fait pour moi, je n’y ai d’ailleurs séjourné que soixante douze heures. Mais voilà, j’y ai rencontré Vincent, un oecuménique d’une cinquantaine d’années qui montrait aux jeunes la dureté psychologique d’un meurtre, fut-ce au sein d’une guerre.
Cet homme, papa, m’a guidé et je souhaite, en mon âme et conscience, rejoindre le Grand Séminaire de Nantes.
Si le stage ne me plaît pas, je reviendrai ici, en notre belle Normandie, mais tu sais, je dois comprendre. Je pense que ce lieu m’apportera toutes les richesses qui m’ont manqué. Je te propose une semaine de retrouvailles avant mon départ. Sache que cette décision ne fut pas facile à prendre mais je sens qu’On m’appelle. Sache surtout que je t’aime, papa, aussi infiniment qu’éternellement.
Ceci étant dit, les larmes aux yeux, ils s’embrassèrent.

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